Je t'ai revu sur FB ! Mais je ne t'ai pas parlé. Tu avais l'air trop confortable dans ton petit espace numérique pour que j'ose t'envoyer un petit mot. Je ne crois pas que je le ferai, non plus. Ça serait contraire à l'ordre des choses on dirait. FB, ça permet des choses qui de devraient pas se faire, parfois.
Ta photo m'a surprise. Tu es toujours aussi craquant... Quel âge dois-tu avoir ? 35 ans ?
Je me souviens de cette nuit où, après notre shif on est allés s'acheter du petit poulet portugais et quelques bières pour aller grignoter ça dans le parc. On a parlé jusqu'à pas d'heures et je suis revenue sans trop savoir comment. Un bus de nuit, j'imagine. Ça m'avait fait un bien fou. Toi aussi tu trouvais que JP était étrange en faisant sécher ses bas dans la salle de bain pendant ses breaks et ça m'amusait bien que l'on soupçonne le vieux pirate d'aller trainer dans les bars de Ste-Catherine dans l'après-midi.
À Noël, on avait fêté chez Yan et tu m'avais raccompagnée...à pieds. 2 heures de marche. Je suis tombée sur le trottoir glacé. C'était hilarant. Surtout mon réflexe de protéger l'immense panier de fruits que je venais de gagner au party de la job. Il y a quelque chose qui s'est passé, à ce moment-là, mais moi, je pensais que c'était juste moi. Parce que je te trouvais génial, que j'étais saoule, que tu avais quelqu'un dans ta vie et que moi, j'étais plus jeune que toi. D'assez.
Puis tu as commencé à m'inviter chez toi. Mais juste comme ça. Parce qu'on aimait les jeux vidéos et qu'on avait envie de se faire une nuit à jouer à Alone in the Dark et Silent Hill en fumant des pétards. Plan diabolique. Il y a même une fois où je me suis réveillée sur ton sofa, en plein milieu de la nuit, et tu jouais encore, mais à autre chose, pour ne pas que je perde le fil de l'histoire. Alors on a poursuivi notre game en se débouchant une autre bière. En canette. De la Old Milwaukee Best Dry parce qu'elle était toujours en spécial.
Chez toi ça sentait bon. Tu me disais que c'était ta copine qui mettait tout le temps de l'encens. Il y avait une jungle dans ton salon. Derrière les plantes, une grande fenêtre. Tu habitais sur Beaubien, tout près du videoclub. Tes murs étaient rouges avec des guitares dessus. Ton livreur de weed s'appelait Nicolas et ça sonnait drôle. On ne trouvait pas ça assez trash. En plus, il avait l'air d'un témoin de Jéhovah.
Puis, un soir que je partais de chez toi assez tôt parce qu'on était tous les 2 pettés, tu m'as pris la main alors que j'ouvrais ta porte. Tu m'as dis que ta blonde commençait à être jalouse; tu m'as dis qu'il fallait que tu prennes une décision. Je ne sais pas si mon coeur s'est arrêté ou s'il m'est juste sorti par les yeux. Je ne savais pas quoi te dire, je ne comprenais pas trop ce que tu me demandais mais en même temps oui. Tu étais vraiment très près, tu sentais bon, tes yeux étaient hallucinants, ton sourire...
Il me semble qu'on s'est regardé longtemps pendant que je refermais la porte au ralenti. J'avais l'impression d'avoir fait un mauvais coup. Je n'avais pas envie de rester mais je ne pouvais pas partir comme ça non plus. Je t'ai dit qu'elle n'avait pas à être jalouse, que je n'avais jamais envisagé notre relation autrement que comme des collègues, des amis ? Je voulais fondre dans ta porte. On a éclaté de rire. Tu ne me croyais pas trop je crois. On a parlé un peu de ta relation de couple qui chiait et je me suis sauvée.
Il y avait maintenant un malaise. Je me sentais mal de t'inviter à venir prendre une bière avec moi après le travail et d'accepter tes invitations. Mais ça me manquait. Je te l'ai dit, tu m'as dis qu'il n'y avait rien de changé. Je t'ai dit que moi, j'avais changé. Tu m'as souris. Tu m'as dis que pas toi.
Assis sur des poches de farine en fumant un pétard tu me disais que tu avais laissé ta blonde. Moi je te disais que je m'étais trouvé une autre job. Que j'allais déménager, aussi. Tu m'as pris dans tes bras. Tu sentais bon le chocolat noir et le weed. Tu m'as dit plein de choses gentilles qui m'ont fait rougir.
Je ne t'ai ensuite jamais revu.
jeudi, août 18, 2011
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