Il y avait longtemps que je n'avais pas vu un levé de soleil en ayant l'organisme à l'état aussi brut. Habituellement, vers cette heure, je me laissais porter par une douce vague d'insouscience savament composée d'un mélange de liquide et de fumée ayant pour but d'amortir la déception accompagnant la renaissance d'un jour nouveau. Comme si le jour pouvait renaître. Quelle connerie.
Toutefois, même dans cet état, je lui trouvais de la gueule, à ce levé de soleil. Il avait ce petit quelque chose à faire pleurnicher les cons.
T'es vraiment qu'une merde, qu'elle m'avait dit au téléphone de sa petite voix autoritaire et sure d'elle-même. Comme s'il s'agissait d'un fait banal que l'on n'avait pas besoin d'appuyer par un "je crois" ou tout autre mot qui pourrait laisser une petite chance au sujet de s'en sortir. Sur le moment, je n'ai pas éprouvé le besoin de démentir l'allégation puisqu'en fait, elle avait totalement raison. J'avais merdé sur tellement de points qu'elle aurait pu ajouter "sur toute la ligne" et cela n'aurait heurté que quelques statisticiens. Cette prise de conscience ne me rassura pas complètement car je me demandais si ma propre vision de moi-même, en tant que merde, était vraiment un pas dans la bonne direction. J'allais lui dire que je raccrochais lorsque le son de la tonalité fut transmis aux terminaisons de mon nerf auditif, engendrant chez moi autant de surprise que de déception.
Dans ma tête, les regrets se réverbéraient comme autant d'échos palpables. Cet amalgame me semblait toutefois nécessaire afin de tenter de me retrouver quelque part. Je l'avais regardée appuyer lentement sur ce qui faisait mal, tout doucement, comme on manipulerait du verre de Murano, et pour la première fois j'ai remarqué qu'elle ne le faisait pas pour se venger. En fait, je pensait même devoir lui être reconnaissant de me lapider de la sorte. D'abord parce que je le méritais et qu'il aurait été bien dommage, dans la vie, de ne pas recevoir ce que l'on méritait au moins une fois. Ensuite parce je m'imaginais que la cause de ma douleur devait également la cause de la sienne, durant tout ce temps, et je me devais d'en prendre plein la gueule si je voulais garder intact ma vision de notre relation. Cette autre forme décalée n'en était qu'une pâle copie, j'en conviens, mais cela me donnait une raison de pouvoir dire que j'avais été honnête, quelque part entre le début et la fin.
Je regardais les ombres s'allonger lentement jusqu'à disparaitre et j'ai alors songé que je pouvais facilement faire la même chose...