mercredi, avril 23, 2008

Essai de tendance

Il était près d'une heure du matin lorsque je me réveillai au bruit de ses pas dans la cage d'escaliers. Je l'avais croisée lundi matin, lorsque j'avais tendu le bras pour saisir mon journal.

Je l'entendit menacer la poignée de la porte qui refusait de se verrouiller avant de refermer la mienne délicatement, retenant mon souffle pour ne pas faire de bruit. Sa voix avait une douceur touchante, hésitante. Elle avait cette fragilité que lui conférait la solitude ancrée, au fond de la gorge, comme un boulet placé là pour retenir ses larmes. Une rigidité que l'on transperce pour couler ses doigts dans une eau limpide.

Je ne résistai pas à l'envie de l'épier par le minuscule carreau de la porte. La voir dévaler l'escalier de ses petits pas vifs me rendait vulnérable sans trop savoir pourquoi. Je restai adossé quelques minutes contre la porte massive, regardant à travers le bordel qui réunissait solitude et perdition. Une minute passa ou peut-être une heure. J'entendis sa porte claquer.
Elle était rentrée à l'insu de mon regard qui n'attendait qu'elle.

Je songeai à la simple cloison qui nous séparait. À toute cette différence enfermée dans les 10 centimètres de bois et de plâtre. Le contact froid du mur sur ma joue réveilla son image derrière mes paupière. Elle était là, si près, à moins d'un mètre. J'entendais sa petite voix chantonner un air inconnu, dans mon oreille. Mon oreille collée contre sa vie, des morceaux d'existence que je pouvais m'approprier sous silence comme une drogue latente.

Il aurait suffit que je sorte, que j'aille lui raconter toutes ces images qui prenaient vie dans ma tête. Que j'aille lui sourire mon innocence et ma faiblesse, peut-être. Lui sourire que je ne savais pas, que je ne sais toujours pas.
Avec un peu de chance, je crèverais sur place en gardant comme dernière image la profondeur de ses yeux et l'ombre de ses sous-entendus.

J'ai ouvert les yeux lentement, vides sur le vide. Le néant devant.
Sa porte qui claque, quelques pas hésitants.
Dans le noir complet, une innatention du destin et ses doigts qui se joignent, par la force des choses, pour frapper à ma porte.

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